Victoria

Boule de feu

Une énergie communicative irradie du nouvel opus signé Justine Triet. Une screwball comedy revue et dynamitée par son talent de scénariste et son sens du tempo comique, mâtinés d’émotion. Avec au centre, un astre qui confirme son talent d’actrice : Virginie Efira.

Remarquée avec ses courts-métrages et son premier film, La Bataille de Solferino en 2013, Justine Triet a emballé la Croisette en mai dernier, en ouvrant hors compétition la 55ème Semaine de la Critique. Son second long-métrage, Victoria, brille par sa combinaison réussie entre une comédie bien balancée, un portait de femme puissant, et un instantané d’une époque dépressive mais pas amorphe. Un regard fin sur le monde. Un sens aigu de l’observation. Une créativité fructueuse et intelligemment mise en forme. Un art de raconter une histoire avec inventivité.

Victoria Spick est belle, brillante, énergique. Une trentenaire de son temps qui doit tout réussir, sa vie familiale, sa vie intime, sa vie professionnelle. Bref, l’héroïne idéale de magazine féminin. Sauf que… Sa crédibilité d’avocate prend un coup dans l’aile lorsqu’elle choisit de défendre un ami bien cintré. Ses deux filles sont souvent livrées à elles-mêmes et son baby-sitter déclare forfait. Son ex-mari lui empoisonne le quotidien. Sa vie intime est un fiasco. Même ses plans cul capitulent. C’est là que débarque un ex-client ex-dealer, qui lui propose ses services d’assistant homme à tout faire.

Une femme moteur de l’action, qui détonne et passe par tous les états, avec « le sens du drame énormément développé », comme le lui dit son amoureux transi. Autour d’elle : divorce, mariage, et retrouvailles inattendues. Nantis et profils fauchés. Sphère intime et déclarations en public. Situations loufoques, dialogues tordants et ciselés. Rythme soutenu, entrecoupé de respirations. Tension sexuelle au maximum. L’esprit de la glorieuse screwball comedy hollywoodienne est là, grâce à Justine Triet. Modernisé par les corps qui exultent et les réseaux sociaux à l’exhibitionnisme agressif. En prime : un dalmatien crucial, prix du jury de la Palme Dog 2016.

Maladroite en boucle sur un message vidéo de mariage, anglophone douteuse avec son baby-sitter, soûlante en pleins préliminaires sexuels, shootée aux médocs, en sueur en pleine plaidoirie délirante, Virginie Efira rayonne. Son sens du comique en en faisant le moins possible explose enfin. Glamour à mort, sensuelle un max, elle réunit le magnétisme d’antan et une fraîcheur vivace. Face à elle, une batterie de fantaisie, de charme et de justesse de jeu déferle, avec Vincent Lacoste, Melvil Poupaud, Laurent Poitrenaux et Laure Calamy. Victoria est LE feel good movie de la rentrée.