Fuyant la sécheresse, Abraham, dont l’épouse vient de mourir, mène son fils dans sa famille et part chercher du travail à Addis-Abeba. Toujours flanqué de son agneau, son seul ami, nommé Chuni, Ephraïm tente de trouver sa place au milieu de ses tantes, oncles et cousines. Passionné de cuisine, il est raillé par l’entourage qui y voit là un signe de faiblesse, mais lorsque Chuni est menacé de finir en méchoui, il doit trouver des solutions. Ce film éthiopien a toutes les apparences de la chronique classique donnant à voir les paysages (sublimes), ainsi que les us et coutumes d’une contrée reculée et inconnue de nous. La place des hommes et des femmes sur trois générations est le noyau central. En contrepoint d’Ephraïm, qui a hérité de la douceur de sa mère et de ses talents culinaires, il y a la cousine Tsion, la plus âgée des filles, qui refuse le mariage arrangé pour elle et n’a de cesse que de lire les journaux et de s’instruire. Mais, discrètement, par petites touches, des éléments nous sont donnés qui densifient et complexifient le propos. Évocation des religions en présence – on ne sait pas exactement pourquoi la mère d’Ephraïm est morte, mais il est dit qu’elle était juive et que ce n’était pas tout à fait le genre de la famille –, des pratiques rituelles et festives, de la modernité qui s’insinue face aux pratiques ancestrales. D’une beauté contemplative indéniable, ce premier long-métrage parvient à faire exister chaque personnage dans sa singularité au cœur de l’immuable.