Room

La maman et le monde

Une mère, son fils, une chambre. Elle a été enlevée par un homme qui la séquestre et vient chaque soir la violer ; elle a mis au monde Jack il y a cinq ans. Et cette chambre est devenue le monde. Adapté du roman de Emma Donoghue, le film de Lenny Abrahamson (Garage, Jack) traite d’une claustration qui rappelle des faits divers terribles ayant fait la une des journaux. Mais en se plaçant du point de vue de l’enfant, l’histoire devient un conte à la fois merveilleux et horrifique. « Maman », car c’est ainsi que Jack la nomme, a organisé la vie de l’enfant dans cet espace confiné, inventant des jeux avec les moyens du bord, personnifiant les objets, auxquels l’enfant dit « bonjour » chaque matin et « bonne nuit » chaque soir, lui lisant des histoires, lui faisant faire de la gym. Le jour de ses cinq ans, elle lui annonce que l’extérieur existe et qu’elle a trouvé le moyen de l’y envoyer… Passant du dedans au dehors, de l’enfermement à la libération, avec tout ce que ça implique de regards extérieurs (des parents de maman, des reporters…), la mise en scène est constamment inventive et bouleversante, ni roublarde, ni misérabiliste, malgré la cruauté de fond. C’est l’histoire d’une monstruosité rendue vivable par l’amour d’une mère, c’est l’histoire de cette protection insensée, inimaginable aux yeux des autres. Un grand film sur l’amour et la force de vie. Le jeune Jacob Tremblay est époustouflant et Brie Larson, sidérante, a amplement mérité son Oscar.