Captain America en turban

Focus sur l'audacieux Vishavjit Singh

Nous profitons de la sortie prochaine de Captain America 3 pour vous ressortir un papier écrit à l’occasion de Captain America 2, lequel fut rédigé pour Captain America 1 et prévu depuis celle de Captain America 0.

Retour sur Vishavjit Singh, un sikh arborant le costume étoilé du plus patriote des super-héros (turban en sus) dans les rues new-yorkaises.

À l’heure où les héros Marvel connaissent un phénoménal succès planétaire, un citoyen américain d’origine sikh revêt le costume de Captain America coiffé d’un turban assorti, et s’expose au regard des passants new-yorkais… pour l’expérience. Focus sur cet audacieux, à l’occasion de la sortie sur les écrans, le 26 mars 2014, de Captain America, le soldat de l’hiver.

Affiche cartoon Captain America par Vishavjit Singh

Il fallait une bonne dose d’audace pour se fondre dans le costume du plus patriote des super-héros made in USA et tenter la confrontation à l’inconscient collectif. Vishavjit Singh est un cartooniste américain adepte du sikhisme – religion née au XVIe siècle dans le Nord-Ouest de l’Inde et fondée sur la fraternité, la générosité et la pureté. Si les sikhs furent les victimes d’un génocide en Inde en 1984, ils furent aussi victimes d’attentats et d’agressions racistes aux Etats-Unis, au lendemain des événements du 11 septembre 2001.

En arborant le costume et le bouclier rond de Captain America, composé des couleurs et d’une étoile du drapeau US, Vishavjit Singh s’empare d’un symbole fort. Ce super-héros, né en 1940 et dopé au sérum du super-soldat, est entré en guerre contre les nazis un an avant les Etats-Unis. Quid, dès lors, d’un sikh à barbe et turban dans la peau d’une pareille figure WASP ? Hiatus ? Non-sens ? Scandale ? Un Captain America noir ou hispanique serait-il moins surprenant ? Vishavjit Singh, accompagné de sa femme Fiona Aboud, a joué la carte de la provocation soft en s’exposant aux regards des badauds, le temps d’une promenade dans les rues de New-York, un jour de parade portoricaine. Comme pour rappeler, sous ces dehors ludiques, que l’Amérique fut, en d’autres temps, une terre d’accueil pour les opprimés, que son multiculturalisme en fit la richesse et que la peur de l’étranger ne conduit nulle part ailleurs que dans le mur. Hormis l’une ou l’autre insulte (« Captain Arab ! » et autre « Terroriste ! »), Vishavjit Singh attira à lui la sympathie des quidams, policiers et pompiers qui croisèrent sa route et le prirent en photo. Effet miroir.