Non, le cinéma indien n’est pas seulement fait des superproductions bollywoodiennes, des voyages de Mira Nair et de l’empreinte tutélaire de Satyajit Ray. Il offre aussi des films de genre au sang neuf. Anurag Kashyap en apporte à nouveau la preuve avec le thriller Ugly, son deuxième opus à sortir en France après sa fresque Gangs of Wasseypur, présentée en deux volets en 2012. Ugly est une chasse à l’homme enthousiasmante et asphyxiante dans un Bombay flippant. La disparition brutale d’une gamine de dix ans sème la panique, et aspire tous les personnages dans une spirale révélatrice de tous les maux et vices. Hommes et femmes, flics et comédiens sont implacablement renvoyés dos à dos. Deux heures durant, le cinéaste déroule le fil de son récit captivant, où le suspense narratif se double d’un portrait sans fard d’un monde sans pitié. La duplicité règne. La suspicion inonde. Les cadres frontaux saisissent. L’image dense subjugue. Le montage serré happe. Et le tout donne un reflet poisseux de l’Inde, tout comme le nettement moins bon Avant l’aube de Balaji K. Kumar, traque de femmes sur fond de prostitution sorti le 30 avril. Et le salut dans tout ça ? Très noir. Mais le résultat reste lumineux. Car le jaillissement artistique de cette œuvre opaque et brillante à la fois dynamite notre regard sur la cinématographie d’un pays aux « tonnerres lointains ».