Après Viggo anglophone en Grèce et en Turquie (Two Faces of January de Hossein Amini), et Viggo francophone et arabophone en Algérie (Loin des hommes de David Oehloffen), voici Viggo Mortensen danophone et hispanophone en Argentine ! L’acteur tout-terrain, d’une finesse de jeu remarquable, est aussi producteur de cette plongée historique et intimiste dans les espaces reculés de la Patagonie en 1882. Le récit de la recherche par un capitaine danois de sa fille de quinze ans, disparue avec son amant. Une quête qui devient l’occasion d’une déambulation mystérieuse et poétique dans les paysages splendides d’un pays alors en proie au génocide de ses indigènes. Poète expérimental, Lisandro Alonso offre un format d’image carrée et travaille la texture, le grain, la lumière, les couleurs, la scénographie, les décors, avec une précision et une inventivité captivantes. La forme, picturale et photographique, est un ravissement. Le fond est passionnant. L’alliance des deux donne naissance à un voyage où l’être humain se perd et où le spectateur lâche ses repères. Tout comme le capitaine doit finir par accepter le destin et le cours des choses, loin de tout contrôle. Ce cinquième long-métrage du cinéaste argentin est son quatrième à sortir en France après La Libertad, Los Muertos et Liverpool. Une œuvre exigeante et fouillée, sur les pas d’une humanité souvent déplacée. Jauja a reçu le Prix Fipresci Un Certain Regard à Cannes en mai dernier. Il était temps qu’il sorte en salles.