Flash-back

L’éternel retour

Dans 7 Minuti de Michele Placido, Ottavia Piccolo prouve que le charme n’a pas d’âge.

 

7 Minuti est un film agité et militant de l’acteur réalisateur Michele Placido, un costaud, ennemi de la demi-teinte, attaché depuis toujours à sonder l’envers du rêve italien, (Romanzo Criminale, la série télé La Pieuvre). Il s’empare aujourd’hui d’un sujet qui dépasse -hélas, – les frontières de son pays : le combat de onze femmes en colère luttant pour la sauvegarde de leur emploi. Leur usine textile vient d’être rachetée par un grand groupe français dirigé par Anne Consigny, brillamment glaciale. Échantillonnage des déléguées du personnel très politiquement correct : une jeune femme albanaise, une autre noire, une troisième handicapée, une autre encore très enceinte… Au milieu de ce groupe d’une véhémence insatiable, il y a une femme immobile aux cheveux blancs coupés courts, une femme âgée. Pour l’instant elle ne dit mot, dégage une force lasse, une splendide mélancolie. C’est Bianca, la porte-parole des employées. C’est Ottavia Piccolo, et un violent flash-back de tendresse et de nostalgie aussitôt vous saisit. À ce visage-là qui accepte que la caméra n’épargne pas ses rides, se superpose celui d’une petite princesse silencieuse au visage de madone, à la bouche exquise, blottie contre son père sous les fastes inoubliables du Guépard de Luchino Visconti. Ottavia Piccolo a 14 ans. Et puis la voilà femme, tellement, sept ans plus tard, ardente et douce dans le Metello de Mauro Bolognini qui lui vaudra le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes…

On n’a pas toujours suivi Ottavia Piccolo, on l’a même parfois oubliée, elle a tourné 45 films en 54 ans de carrière… Mais tout de même, on la revoit soudain chez nous, entre les bras d’Alain Delon, ravissante rivale de Simone Signoret dans La Veuve Couderc de Pierre Granier-Deferre. Et aussi, ravissante toujours, dans L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse Chemise de Nina Companeez. Film assez oublié, passé cependant à la postérité car ayant scellé la toute dernière apparition à l’écran de Brigitte Bardot…

Revoilà la Bianca de 7 Minuti, épuisée par la lutte, mais toujours vaillante. Bianca se bat. Ne renonce pas. Bianca est là. Ottavia est là. Allez, osons un jeu de mots franco-italien, approximatif mais sincère : non, la Piccolo n’est pas vieille, elle est grande !